Qu'est-ce que le néo-arianisme ?

Au IVème siècle de notre ère, Arius (256-336) niait la divinité de Jésus, pensant que celui-ci n'était qu'un homme et rien qu'un homme, tout au plus un surhomme.

A l'époque, cette fausse croyance a été combattue par l'évêque d'Alexandrie, Saint Athanase. Né vers 296 dans la région d'Alexandrie, Athanase exerce son ministère comme secrétaire auprès de son évêque, Alexandre. A peine âgé d'une trentaine d'années, il succède à Alexandre sur le siège épiscopal d'Alexandrie en l'an 328. Son épiscopat est perturbé par plusieurs périodes d'exil. Il meurt à Alexandrie le 2 mai 373.

[Ci-contre : icône de Saint Athanase écrasant Arius ; source : http://st-takla.org/ ]

Cette fausse croyance d'Arius fut condamnée par le Concile de Nicée en l'an 325. Mais si elle n'existe plus comme telle aujourd'hui, elle semble néanmoins resurgir de différentes façons. Le pape Benoît XVI en a témoigné dans sa catéchèse du 20 juin 2007 : Athanase a été sans aucun doute l'un des Pères de l'Eglise antique les plus importants et les plus vénérés. Mais ce grand saint est surtout le théologien passionné de l'incarnation, du Logos, le Verbe de Dieu, qui - comme le dit le prologue du quatrième Evangile - "se fit chair et vint habiter parmi nous" (Jn 1, 14). C'est précisément pour cette raison qu'Athanase fut également l'adversaire le plus important et le plus tenace de l'hérésie arienne, qui menaçait alors la foi dans le Christ, réduit à une créature "intermédiaire" entre Dieu et l'homme, selon une tendance récurrente dans l'histoire et que nous voyons en œuvre de différentes façons aujourd'hui aussi.

Tout récemment, un journaliste écrit, sous le titre "Arius a-t-il gagné la partie ?" : On pourrait donc considérer qu'un certain pan du christianisme, plutôt contemporain, qui insiste tout particulièrement sur l'humanité (ou la sagesse) de Jésus tout en se désintéressant, plus ou moins explicitement, de la question de sa divinité, verse vers une sorte de néoarianisme. Un positionnement qui aurait paru étrange à Arius lui-même, qui n'interrogeait le statut du Fils que pour mieux affirmer la suprématie du Père... S'il est en revanche aujourd'hui une religion qui insiste sur la toute-puissance de Dieu et veille à ne surtout pas lui « associer » quelque chose ou quelqu'un d'autre, c'est tout simplement l'islam. Pour certains théologiens, l'affaire est entendue : le succès planétaire de ce dernier est bien le signe que l'arianisme n'est pas mort. (Jérôme Anciberro, 1-3 juillet 2015)

Ainsi, aujourd'hui, on voit bon nombre de personnes, y compris des prêtres (voire des évêques), penser que Jésus est Dieu et homme réellement mais que sa mission sur terre, mission continuée par l'Église, se réduit à celle d'un homme venu de la part de Dieu son Père pour apprendre aux hommes et aux femmes de la terre à vivre heureux et en paix.

Ces gens-là penseraient que le bonheur céleste, celui de la vie en Dieu après la mort ne serait plus le but premier de la venue du Fils de Dieu sur terre. Cette idée dominante constituerait donc non pas un arianisme théorique, mais pratique. Ce qu'on pourrait appeler le néo-arianisme n'est pas relatif à l'être du Christ, mais bien à son agir et à sa praxis, le Christ étant considéré non seulement en lui-même comme Tête de l'Église, mais aussi dans l'Église, son Corps mystique.

Il est vrai que le bonheur et le bien-être terrestre de l'homme n'est pas une finalité étrangère à la mission du Christ et de l'Église. Mais il s'agit et il doit s'agir d'une finalité intermédiaire et non ultime. Si Jésus, après avoir instruit les foules, se soucie de les nourrir en plein désert lors de la multiplication des pains (Mt 14, 13-21), c'est pour que ses auditeurs soient plus réceptifs et davantage attentifs à méditer sa Parole, qui est le Pain de Vie, le Pain descendu du Ciel, gage de notre résurrection pour la Vie éternelle. Ainsi le dicton : Ventre creux n'a pas d'oreilles.

Jésus n'a-t-il pas recommandé : Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice ; et l'on vous donnera le reste par-dessus le marché (Mt 6, 33) ?

Jésus, qui est "la Voie, la Vérité et la Vie" (Jn 14, 6), doit être préféré à tout ce qui est créé.

"Oui, vous dis-je, il est difficile pour un riche d'entrer dans le royaume des cieux ! Je vous le répète : un chameau s'introduit plus aisément dans un chas d'aiguille, qu'un riche dans le royaume de Dieu." A ces mots, les disciples dirent avec stupéfaction : "Qui donc peut être sauvé ?" Jésus les regarda, et dit : "Aux hommes cela est impossible : mais à Dieu tout est possible." Pierre prit alors la parole : "Vois ! dit-il, nous autres, nous avons tout quitté pour te suivre ; que nous reviendra-t-il ?" Jésus leur dit : "Oui, je vous le déclare : au jour de la renaissance du monde, quand le Fils de l'Homme siégera sur le trône de gloire, vous qui m'avez suivi, vous siégerez de même sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël. Et quiconque aura laissé pour moi, maisons, frères, soeurs, père, mère, enfants, ou terres, recevra le centuple et possédera la vie éternelle." (Mt 19, 23-29)

Daniel Meynen, un prêtre catholique à votre service.

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